vendredi 7 septembre 2018
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Par Jean-Claude Guillebaud

Nous sommes piégés par un paradoxe : quand nous déplorons l’inculture de certains hommes politiques, même surdiplômés, nous n’avons pas tort. Mais alors ? Faut-il appeler des philosophes, ou disons des intellectuels, au pouvoir ? Ce n’est pas sûr. Un intellectuel respectable appelé aux fonctions ministérielles (ou présidentielles !) se retrouve immédiatement entortillé dans les contradictions de la politique politicienne, et ce qui est pire, de la "communication". Contraint de ruser avec l’une et l’autre, il perd de vue la réflexion de long terme, disons la "vision".

Alors ? Une question simple mérite d’être posée : est-il bien raisonnable pour un penseur de participer directement à l’exercice du pouvoir ? Certes, il y a l’exception fameuse de Marc Aurèle, empereur romain au IIème siècle de notre ère, et philosophe stoïcien. Il fut l’auteur d’un livre de réflexions, passé à la postérité : "Pensées pour moi-même". Loué par les auteurs de son temps, il est plus sévèrement jugé par certains philosophes contemporains, parmi lesquels Lucien Jerphagnon. On pourrait citer d’autres exemples. Mais, à bien réfléchir, un philosophe a aussi de bonnes raison de faire le choix inverse. Un choix qui s’énonce en peu de mots : si un pouvoir m’est offert, je décline la proposition. On ne doit pas forcément y voir une dérobade ni l’un de ces vertiges de la modestie, comparables à celui qui habita soudain Jacques Delors, à l’automne 1994, lorsqu’il était sur la ligne de départ des présidentielles, et qu’il rentra chez lui. Préférer le retrait assumé au règne enjolivé ; promouvoir le détachement quand rôde la possession ou la gloriole ; déconsidérer la puissance en récusant avec ostentation sa prétendue fatalité...

Il y a là un passionnant sujet de réflexion. Nous avons perdu l’habitude d’en parler. À tort. Tout un pan de notre héritage occidental, grec autant que judéo-chrétien, procède de ce type de choix et d’exigence : le détachement revendiqué. Nous, Occidentaux, quoique oublieux de nous-mêmes, restons dépositaires de cet immense secret : c’est du retrait volontaire de la volonté de puissance que naît parfois la vraie liberté des hommes. On rejoint ainsi la phrase d’Albert Camus : "Ceux qui ont une grandeur en eux ne font pas de politique." (Carnets, tome I, 1937). Un secret que la modernité, par étourderie ou par vanité, passe aujourd’hui sous silence. Souvenons-nous... Il se trouve que cinq ou six siècles avant notre ère, dans les villes ioniennes la philosophie émergea, c’est-à-dire la raison. Or celle-ci ouvrit à l’esprit humain une liberté toute neuve en congédiant justement la puissance souveraine, la magie tyrannique du mythe, de la superstition, du pouvoir. Faisant un pas de côté, elle suggéra cette chose inouïe : la vérité est affaire de concept et non pas de puissance. Oublie donc le pouvoir et pense. Ainsi tu régneras sur le pouvoir lui-même...

La raison grecque procède donc de ce qu’on pourrait appeler une capacité critique. Elle est d’abord mise à distance, questionnement, doute exigeant. Elle rompt surtout, de façon décisive, avec l’ancienne rationalité qui était fondée sur l’idée de sujétion, de pouvoir, de puissance (le kratos). Jusqu’alors, en effet, dans la plupart des cosmogonies traditionnelles, la "rationalité" s’enracinait dans la notion de forces rivales, de rivalités divines et d’ordre triomphant sous l’égide d’une puissance supérieure aux autres. Au sens étymologique du terme, la raison ancestrale était bien celle du plus fort. La raison grecque va "raisonner", si l’on peut dire, d’une toute autre manière. À la puissance, elle substitue le "principe". Ce qu’elle va chercher derrière les apparences, ce n’est plus le dieu ou la force mais le principe fondateur de l’ordre des choses. Dans la perception du réel, ce miracle de la raison grecque introduit un bouleversement radical. C’est cette innovation qui va mener aux grandes catégories philosophiques et bientôt à Platon. La rationalité nouvelle ouvre en quelque sorte la route, non seulement à ce que nous appelons la science mais aussi à ce que les Grecs eux-mêmes appelèrent "démocratie".

C’est ainsi qu’à la lumière grecque le renoncement au pouvoir devient paradoxalement fondateur. Et de façon plus durable que ne l’avaient été et que ne le seront encore tous les rêves de puissance ou d’autorité politique. Certes, il est méritoire pour un philosophe d’aller "au charbon", comme on dit. Mais il n’est pas moins courageux d’y renoncer en disant : chacun sa tâche.

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